OISEAUX, GRIMPEURS, ÉQUIPEURS, QUELLE COHABITATION ?

Cet article que nous propose Julien Grossi en débriefing d’une conférence de Pierre Giffon  au sujet des oiseaux des falaises est un appel à la tolérance et à l’ouverture d’esprit.

En aucun cas un parti pris, il nous permet juste de prendre conscience du milieu dans lequel nous évoluons et de changer notre regard  sur la problématique de la protection des oiseaux.

Des solutions existent pour que l’on puisse grimper longtemps. Plutôt que bougonner dans notre coin, montrons l’exemple, et en tant que grimpeurs responsables regroupons nous pour faire entendre notre voix !  « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde  » (merci Nelson !)

Sur ce amis grimpeurs, je vous souhaite une bonne lecture.

En route pour une conférence:

Cet exposé, au sujet des oiseaux des falaises, présenté par Pierre Giffon à Roquevaire le 12 janvier 2017,  m’intéressait beaucoup à titre personnel étant un amoureux de la nature. Il m’a semblé tout à fait intéressant, et à propos, d’en extraire une synthèse, visant à informer ceux qui le désirent sur ce sujet aussi complexe que délicat.

Comment en tant que pratiquant de sports de nature pouvons nous limiter notre impact sur cette dernière ?

Aussi, cette question du respect, du partage et qui consiste à ne pas placer l’Homme comme supérieur à un environnement qu’il doit aménager coûte que coûte afin de satisfaire ses plaisirs, mais bien comme une partie intégrante d’un système de vie auquel il appartient, me semblait en totale adéquation avec les valeurs de Greenspits.

C’est donc avec cette double casquette, que j’allais ce jeudi 12 janvier avaler la route pour me rendre à Roquevaire, non pour grimper, mais bien pour assister à une conférence traitant des oiseaux des falaises. Arrivé sur place, un représentant du club de Roquevaire introduit la séance par un historique de l’équipement des secteurs locaux, à savoir et dans l’ordre : le vallon des marseillais, puis le grand vallon et enfin le Dansaïre. L’enjeu d’un probable futur PNR de la Ste Baume est aussitôt évoqué.

Le développement de l’escalade en salle (par les clubs locaux et la multiplications de salle privés), qui voit son nombre de pratiquants augmenter de façon significative ces dernières années, amène selon lui un « avantage », qui serait de réduire le nombre de pratiquants sur les falaises… Son argument est que si les grimpeurs sont en salle, ils ne sont pas dehors.

Irréfutable en soi mais pas tant si on pousse un peu le raisonnement. Il est évident qu’à l’instant T les grimpeurs qui sont en salle ne sont pas en falaise. Cependant, sur cette masse de « nouveaux pratiquants », centrés majoritairement sur l’intérieur, on peut légitimement penser qu’un jour ou l’autre une bonne partie se retrouvera en falaise… Et c’est précisément ce facteur là qu’il me semble essentiel de garder à l’esprit. Il y a quelques décennies, les « grimpeurs » étaient majoritairement issus de la « pratique alpine » , ils avaient l’habitude d’évoluer dans un milieu naturel et possédaient de bonnes connaissances sur ce dernier. Or il semble indéniable que l’environnement de l’indoor et celui du milieu extérieur sont extrêmement différents (pour ne pas dire diamétralement opposés). Et c’est justement là un enjeu essentiel dans la transition de l’intérieur vers la pratique d’un sport dans un environnement naturel qui est mis en évidence : l’accompagnement à la sensibilisation et à la compréhension d’un milieu.

martinet alpin laurin regard© Julien Grossi

Jeune martinet Alpin tombé du nid en falaise. 

Parenthèse fermée sur cette notion , je reprends le déroulement de la conférence.

Pierre Giffon, ornithologue, grimpeur, équipeur passionné et professeur de mathématiques de profession, nous explique que cela fait 3 ans qu’il est au club de Roquevaire. Il est parti d’un constat d’incompréhension entre certains « écolos » et certains « grimpeurs ».

Pour exemple, il explique avoir assisté à des discussions où des grimpeurs ne comprenaient pas pourquoi on ne pouvait pas grimper rive gauche du grand Vallon. Ou certains autres qui se servaient de l’exemple d’un faucon crécerelle qui continuait à nicher à St Michel d’eau douce alors que la falaise est équipée et régulièrement grimpée.

Il est vrai qu’il peut être tentant de se dire «  ah ben c’est bon, put** tu vois bien y a un faucon qui niche sur la falaise donc on le dérange pas » (jusque là pourquoi pas) puis d’ajouter « bon, ben s’il n’est pas gêné par nous c’est donc que les faucons ne sont pas dérangés par la grimpe (ou le Vtt ou la rando…) ». Et c’est la que le problème survient. Comme P.Giffon va l’expliquer très judicieusement : Il est plus que dangereux de systématiser UNE observation !!

En effet, une observation dans une situation donnée ne permet pas de généraliser cette dernière comme vérité inaltérable…

Après cette « mise en bouche » (mise en garde), P. Giffon nous expose le but de son intervention, ce qu’il cherche à transmettre par le biais de cette conférence :  « Éclairer, informer mais ne surtout pas se poser en donneur de leçon ».

Il va donc présenter un exposé non exhaustif de certaines espèces d’oiseaux qui fréquentent nos falaises, certains que l’on voit, d’autres que l’on peut entendre et d’autres encore que l’on aimerait savoir plus nombreux…

Notre région est riche et variée, elle compte 270 espèces d’oiseaux recensés rien que sur Marseille !!

Sur le bassin de Roquevaire 115 espèces ont été recensées. Les grandes familles que l’on peut rencontrer sont : Les pigeons, les corvidés (corneilles, choucas…) , les oiseaux de maquis, les oiseaux de mer (gabians c-à-d le goéland leucophée, mouettes, sternes etc …) et les rapaces.

Point législatif : Mis à part les pigeons et deux espèces de la famille des corvidés toutes les espèces sont protégées et plus ou moins en danger.

martinet noir en voie de guérison © Julien Grossi Greenspits.com© Julien Grossi

Ci-dessus un Martinet Noir.


Espèces protégées : La nuance se situe dans le « niveau » de menace qui pèse sur elles.

Nombre d’espèces d’oiseaux nicheurs classées par statut de présence sur le territoire national (répertoriées sur la Liste rouge, lors du recensement effectué en 2016 sur 284 espèces) :

  • Disparue au niveau régional (RE) : 5   
  • En danger critique d’extinction (CR) : 16
  • En danger (EN) : 30
  • Vulnérable (VU) : 46
  • Quasi-menacée (NT) : 43
  • Préoccupation mineure (LC) : 142
  • Données insuffisantes (DD) : 2
  • Non applicable (NA) : 24

(source :  https://inpn.mnhn.fr/docs/LR_FCE/UICN-LR-Oiseaux-diffusion.pdf )

Pour les oiseaux des falaises, voici ce que cela donne :

3 espèces en danger critique d’extinction.

3 espèces en danger.

10 espèces vulnérables.

et 3 espèces quasi menacées.


Ce que prévoit la Loi concernant la protection de ces espèces :

Extrait de l’article 3 de l’arrête du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés et les modalités de leur protection.
« Pour les espèces d’oiseaux dont la liste est fixée ci-après   :

I. ― Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps :
― la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des œufs et des nids ;
― la destruction, la mutilation intentionnelle, la capture ou l’enlèvement des oiseaux dans le milieu naturel ;
― la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la période de reproduction et de dépendance, pour autant que la perturbation remette en cause le bon accomplissement des cycles biologiques de l’espèce considérée.
II. ― Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Ces interdictions s’appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l’espèce considérée, aussi longtemps qu’ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l’altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques.
III. ― Sont interdits sur tout le territoire national et en tout temps la détention, le transport, la naturalisation, le colportage, la mise en vente, la vente ou l’achat, l’utilisation commerciale ou non des spécimens d’oiseaux prélevés :
― dans le milieu naturel du territoire métropolitain de la France, après la date d’entrée en vigueur de l’interdiction de capture ou d’enlèvement concernant l’espèce à laquelle ils appartiennent ;
― dans le milieu naturel du territoire européen des autres Etats membres de l’Union européenne, après la date d’entrée en vigueur dans ces Etats de la directive du 2 avril 1979 susvisée. »

(Source : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000021384277)


Être à l’écoute, attentif au milieu naturel:

Pour rattacher tout ça à notre pratique, il faut bien comprendre que l’équipement d’une falaise est une altération du milieu naturel. Elle ne doit pas se faire sans un minimum de connaissances et d’observations dans les espèces qui la fréquentent. Ensuite, il faut bien évidemment faire la distinction entre les espèces, leur niveau de protection et leur degré de « sensibilité » au dérangement.

Il faut également distinguer deux types de « dérangements » qui n’ont absolument pas les mêmes conséquences. Le premier est le dérangement de passage. Il s’agit d’une personne ou d’un groupe de personnes (randonneurs, photographe, grimpeurs en marche d’approche, Vttistes, chasseurs non postés etc…) qui passent à proximité d’un nid (le sachant ou non). La conséquence de ce « dérangement » pour l’oiseau va être l’envol du nid. La durée d’absence de l’oiseau au nid va être relativement courte puisqu’une fois les personnes parties, il va revenir. On peut donc espérer que s’il ne fait pas trop froid, les œufs n’auront pas trop refroidis et la couvaison pourra reprendre (ou le nourrissage des petits qui doit être extrêmement régulier et conséquent).

Le second est un dérangement « permanent » c’est à dire que les gens vont rester de quelques heures à la journée que ce soit pour un pic-nic, pour grimper ou des chasseurs postés (en battue par exemple). Ce dernier est très problématique en période de nidification. En effet selon l’espèce, le nid va rester sans adultes et soit les œufs refroidiront, soit les petits ne seront plus nourris pendant une longue période ce qui en tout état de cause mettra un terme à la reproduction.


A titre d’ exemple, pour illustrer la fréquence de nourrissage d’un jeune oiseau, je vais vous parler d’une espèce sur laquelle j’ai été amené à effectuer de nombreux « sauvetages ». Vous ne le croiserez pas en falaise car il niche plutôt dans nos villages, il s’agit du martinet noir. A noter qu’ il est tout à fait possible que vous soyez confronté à deux autres espèces de martinets qui eux nichent dans les falaises ; le martinet pâle qui est un peu plus petit que le martinet noir et le martinet à ventre blanc (dit martinet Alpin) beaucoup plus gros (environ 80/100gr à l’envol).

Savez vous qu’un bébé martinet noir qui pèse quelques grammes à la sortie de l’œuf et atteindra entre 40 et 50grs avant l’envol 42 jours plus tard, devra assimiler en moyenne entre 10 et 15 grammes de nourriture par jour ?

Ses parents doivent donc se relayer toute la journée afin d’aller « compacter » des petites boules d’insectes de 2grs environ avant de revenir (toutes les 2 heures à peu près) nourrir un petit. Sachant qu’un martinet peut mener jusqu’à l’envol 3 jeunes par nid, on prend aisément conscience du travail « non stop » que cela représente.

martinet noir soigné © Julien Grossi Greenspits.com© Julien Grossi

Photo ci-dessus: Martinet Noir recueilli, soigné et nourri après être tombé du nid une semaine auparavant. On peut constater un plumage impeccable qui lui permettra de pouvoir voler sans se poser jusqu’à ce qu’il soit mature sexuellement soit près de 3 ans!!

A ce sujet, si le martinet (non pas celui des soirées punitives 🙂 !! ) vous intéresse, je vous invite à regarder, en attendant peut être un article plus spécifique, des liens qui peuvent vous aider à mieux connaître cet oiseau fabuleux et qui vous permettront de connaître les bonnes méthodes pour recueillir, soigner et nourrir un petit en détresse.

Il s’agit du site fabuleux d’une vétérinaire spécialisée dans le sauvetage de cette espèce : le Docteur Christiane Haupt à Francfort.

Le site de cette clinique est disponible à cette adresse et regroupe de manière quasi exhaustive ce qu’il faut savoir sur les martinets www.Mauersegler.com ( sélectionnez la langue française et n’hésitez pas à fouiller tous les menus déroulants ).

Vous pouvez aussi, si ça vous intéresse et/ou que vous êtes dans le besoin, consulter des vidéos pratiques sur le nourrissage . Sachez que ce sont des méthodes qui sont utilisées à Francfort , à la clinique spécialiste des martinets dans laquelle j’ai eu la chance de me rendre.


Parenthèse fermée, revenons à notre sujet.

Nous remarquons tous que la cohabitation entre grimpeurs et certaines espèces d’oiseaux est possible, pour exemple, les corneilles et choucas qui nichent chaque année à Buoux (voir le styx au printemps), à Orgon et Chateauvert, où l’on trouve aussi des martinets alpins et des hirondelles. Les mésanges aussi, qui chaque années reviennent dans le même trou pour nicher.

Cela fait plus de 5 années que j’en observe chaque printemps dans les mêmes voies entre Buoux et le canal (Orgon). J’ai pu remarquer, au fil des ans que ces petites mésanges ne rentrent pas au nid tant que les humains sont à proximité trop immédiate de la cavité. Alors, elles restent le plus souvent dans les arbres voisins et tentent de temps en temps avec une petite chenille dans le bec de retourner au nid. Dès que nous nous éloignons un peu ou que nous sommes moins nombreux, elles en profitent pour aller nourrir les petits dont les piaillements changent et semblent plus apaisés. Idem pour les corneilles et choucas qui néanmoins, sont capable quelques fois de bien signifier aux grimpeurs qu’ils sont en train de les déranger. Elles peuvent vous survoler de tout près et « criant » voire même quelquefois vous jeter des petits objets (cailloux ou bois) en les faisant tomber à votre aplomb !

Un élément très important à prendre en compte est que la fréquence de nourrissage est dépendante de la taille de l’espèce d’ oiseau. Ainsi, on peut aisément imaginer qu’un oisillon de mésange bleue souffrira beaucoup plus rapidement d’être privé de nourriture et de chaleur par dérangement qu’un oisillon d’une espèce de choucas. Les conséquences seront beaucoup plus rapides également.

Mésange Bleue :

Choucas des tours:

Alors, nous pourrions en déduire que ces oiseaux, s’adaptent au dérangements occasionnés et dire que puisqu’elles reviennent chaque année au même endroit (c’est à dire dans nos voies préférées!!), ça n’a pas trop d’incidences. Mais nous pourrions tout autant penser que si ces espèces reviennent à ces endroits, c’est qu’elles n’ont pas d’autres choix justement et qu’il en va de leur survie de s’adapter à ce dérangement car oui, il y a bien un dérangement qui, si nous ne prenons pas garde à le minimiser, peut tout à fait conduire des nids à être abandonnés en pleine couvée ou en plein nourrissage d’oisillons.

Des espèces plus sensibles que d’autres?

Cependant, si certaines espèces s’adaptent à ce dérangement, ce n’est pas le cas de toutes, et notamment les plus vulnérables comme l’Aigle de Bonelli ou d’autres rapaces qui ont besoin de vastes territoires pouvant offrir plusieurs zones (zone de chasse, nids…etc, il peut y en avoir 5 ou 6 pour un même couple.)

Sans reprendre exhaustivement la brillante présentation de Pierre Giffon lors de cette « conférence », je citerai juste quelques exemples de rapaces qui, par leur faible nombre, leur côté très sensible ou le fait qu’ils nichent à l’année sont particulièrement touchés par le dérangement et où l’incidence peut s’avérer lourde de conséquences.

Le Faucon pèlerin :

Il est extrêmement sensible au dérangement et par conséquent , nous recommandons une fréquentation nulle des zones pendant la nidification. (la bonne nouvelle étant qu’il n’y en avait presque plus et que la population commence à se régénérer)

Le faucon crécerelle :

On peut en voir quelques-uns fréquentant des falaises équipées mais on ne peut pas pour autant en conclure qu’il est insensible au dérangement.

Les Vautours :

Du coté des vautours ( Fauve et Percnoptère peuvent nicher en rocher, le Moine lui niche dans les arbres), Observons le vautour Percnoptère et pour vous donner une idée de sa présence, on dénombre seulement 2 couples dans le département du 13…

L’aigle royal :

Très rare dans les Bouches du Rhône (13), il est observé bien plus fréquemment dans le Verdon en revanche.

L’aigle de Bonelli :

C’est un emblème de la Provence et des Alpilles qui a vu sa population totale en France passer de 60/80 couples dans les années 1960 à seulement 22 couples en 2002 !

Aujourd’hui, nous dénombrons environ 33 couples, sur tout le territoire français.

Alors, les causes étant notamment la perte d’espaces agricoles par le développement de centres commerciaux et autres urbanisations, les lignes HT, le braconnage, et autre disparition du milieu naturel. Il me semble impératif de prendre garde à une réflexion que je peux déjà entendre qui consiste à se dédouaner de la responsabilité de ces altérations du milieu. En effet je vois déjà poindre ce type de commentaire : « Et bien s’ils viennent nicher en falaises, ce n’est pas notre faute à nous grimpeurs, donc nous n’avons pas à assumer cela  et à en porter une responsabilité ».

Nous ne pourrons ici démontrer la faute directe d’une catégorie de personnes (grimpeurs, randonneurs, etc…) et encore moins une responsabilité individuelle. Cependant, de toutes ces modifications, ces urbanisations, ces réseaux de lignes hautes tension, nous en portons tous la responsabilité collective. Il ne s’agit pas ici de culpabiliser les gens quels qu’ils soient mais bien de prendre conscience objectivement de deux choses : Tout d’abord même si elle est minime, la responsabilité de chacun est engagée dans toutes les décisions collectives et deuxième chose : quelle que soit la réduction d’impact que nous pouvons opérer, elle ne sera jamais vaine !

N’est il pas de notre devoir de préserver ce qu’il reste de biodiversité et même si cela doit passer par le partage de nos terrains de jeux ? Pouvons nous nous cacher derrière la non incidence personnelle directe, comme l’enfant que nous amenons en foret ou en falaise et qui ne comprend pas pourquoi nous ramassons tel déchet, puisque ce n’est pas nous qui l’avons jeté…. ??

Le Grand Duc, splendide !

Nous pouvons apporter la preuve que des falaises ont été abandonnées notamment par le grand duc , du côté d’Aubagne où on pouvait l’observer depuis 1988 sur un site. Ce site a vu une nouvelle partie équipée à proximité immédiate de la zone de nidification de ce dernier en 2013 et devinez quoi ?? Plus de grand Duc observable dans cet endroit… Ce cas vient tout juste de se reproduire à Gémenos. Il est important de rappeler que la plupart du temps (heureusement!!) la cause de ces équipements à proximité immédiates de zones de nidification, qui ont une incidence importante sur les espèces, est : l’ignorance et la manque d’information. D’où la nécessité de diffuser des informations, de lire des articles, d’être curieux. Cela fait partie d’une sorte d’éducation, de partage…une pensée collective en soi !


Quelles solutions par rapport à ce fameux partage de notre terrain de jeu ??

Certains ont trouvé des solutions en limitant un secteur afin d’éviter la voie où un oiseau niche et ses alentours comme à Claret aux mois de mars/avril derniers.

Claret nichée Faucon© Yohan Bourcier

D’autres ont décidés d’interdire des secteurs entiers mais pour une période donnée, comme notamment en corse, à Caporalinu :

Topo Falaises de Corse p.218-233 : « La falaise de Fratericinu est interdite du 15/01 au 30/06 de chaque année pour permettre la nidification de faucon pèlerin. »

D’autres encore ont simplement condamné quelques lignes en Vallouise et à Ailefroide :

« Le 13 avril 2017 : 27 ans que l’aire était inoccupée. Et voilà que, cette année, un couple d’aigles royaux a entrepris d’y installer son nid, juste dans le secteur d’escalade d’Orage d’étoiles, à Ailefroide. Alors, pour donner toute ses chances à la reproduction du rapace, le directeur du Parc national des Écrins a pris un arrêté afin d’interdire l’accès à trois voies, jusqu’au 31 juillet 2017 : »

  • Orage d’étoiles
  • Oh ! Désespoir !
  • Rivière Kwaï

 

(source : http://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/avis-aux-grimpeurs-rapaces-nid)

Ou bien encore dans le Verdon où la LPO informe :

© http://parcduverdon.fr

« GRIMPEURS, ATTENTION ! POUSSINS DE VAUTOUR AU NID.

Depuis plusieurs années, la Ligue pour la Protection des Oiseaux PACA (LPO), le club d’escalade Lei Lagramusas et le Parc naturel régional du Verdon participent à l’information et la sensibilisation des grimpeurs sur la nidification des Vautours fauves et d’autres oiseaux nichant en falaises dans les grandes gorges du Verdon.

Ainsi, chaque début d’année, les voies d’escalade passant à proximité des nids sont identifiées et des affichettes informatives sont installées au relais ou aux sommets des voies. Vous trouverez en téléchargement (ci-dessous) la liste des voies sensibles pour la période de reproduction des oiseaux et notamment des vautours (de janvier à août ou de juin à août selon la proximité des nids).   Pour la quiétude de la reproduction de ces grands rapaces, nous vous remercions donc de bien vouloir éviter de les emprunter pendant la période de sensibilité (depuis la période de la couvaison jusqu’à l’envol des jeunes) et de bien vouloir relayer cette information. Cette année 39 voies d’escalade sont considérées comme sensibles et concernent 24 nids de Vautour fauve.« 

(Source : http://parcduverdon.fr/fr/actualites/grimpeurs-attention-poussins-de-vautour-au-nid)

Veuillez trouver ici la liste des voies répertoriées.


Éclairage sur la falaise des Concluses :

Qui est compétent en termes d’arrêtés de biotopes et d’autorisations ? Pas les municipalités !

L’explication de la particularité de la falaise des Concluses : Cet exemple vise à tenter de faire comprendre l’importance des enjeux de préservation. C’est une illustration très judicieusement explicitée par P.Giffon lors de cette conférence :

« L’Aigle de Bonelli n’a rien à voir avec un faucon: c’est l’espèce sauvage la plus menacée de France, rien à voir de ce côté avec un Faucon crécerelle pour lequel je mets quiconque au défi de me trouver le moindre arrêté interdisant l’escalade à cause de sa présence.Entre 1970 et 2000 la population de Bonelli a baissé de près de 60%. En 1988 je crois il nichait encore aux Concluses mais suite à la diminution des effectifs il a alors disparu de ce site. A la suite de quoi un arrêté de biotope a été pris (et je le répète quant on voit en pratique comment ça se passe ce n’était pas une lubie quelconque). Pourquoi puisque le Bonelli n’y était plus ? Tout simplement parce que les sites favorables sont finalement peu nombreux, et que les derniers sites fréquentés étaient les plus propices et que ce serait ceux-là qui seraient réoccupés en priorité par les oiseaux au cas où la tendance s’inverserait. Jusque là tout le monde côté grimpeurs se fiche éperdument de cet arrêté. Et puis un équipeur se dit que ce serait sympa d’y aller. Il demande une autorisation à un maire qui y répond favorablement. Mais le maire n’est pas compétent en ce domaine et son autorisation n’a aucune valeur légale. Le grimpeur en question équipe, en toute bonne foi et je me mets à sa place, normal qu’il chope les boules que maintenant on lui dise qu’il faut déséquiper. Et là il faut reconnaître que les assocs environnementales locales ont eu tort de laisser faire. Car à partir du moment où le site est occupé par des activités humaines régulières il est impossible que l’aigle y retourne. L’argument il n’y a plus d’aigle depuis 20 ans est absurde: justement c’est parce qu’on y grimpe qu’il n’y revient pas ! Il faut bien voir que le moment de l’équipement a coïncidé avec celui où la population de Bonellis était la plus basse (seulement 23 couples en 2002). Aujourd’hui la courbe s’est inversée, grâce au plan national de restauration qui a permis la mise en place de diverses mesures de protection: amélioration des structures électriques, déviations de sentiers, périmètres de sécurité, informations sur les nuisances, suppression de certaines voies ou sites sur les topos d’escalade etc ….L’an dernier 31 couples nicheurs c’est déjà mieux. Du coup les sites historiques les plus fréquentés risquent d’être de nouveau occupés…. si le dérangement n’y est pas trop fort. Le site des Concluses est dans ce cas. Après le déséquipement il est probable que la présence du Bonelli sur le site ne sera pas immédiate et cela peut prendre plusieurs années, mais si la tendance actuelle se poursuit les raisons d’y croire sont réelles. »

(Propos de Pierre Giffon, recueillis par J.Grossi.)


En bref et pour conclure :

Il n’y a pas de recette miracle et universelle car cela dépend toujours d’une multitude de facteurs (quelle est l’espèce en question, dans quel environnement, à quelle période nidifie t’elle, quelle est la fréquentation et quels sont les types de dérangements qui peuvent survenir etc..) .

Mais le simple fait d’y penser, de réfléchir à amoindrir notre impact et surtout d’ être prêt à renoncer à une partie finalement très mineure de notre terrain de jeu est déjà une prise de conscience énorme et contraste avec la pensée Humaines des dernières décennies. C’est, il me semble, par ces réactions que nous pouvons construire une durabilité dans notre sport et nos activités de pleine nature.

A l’heure où la performance (à tout prix) supplante souvent tout autre concept de partage et de respect (les exemples sont trop nombreux pour être cité de manière exhaustive mais nous pouvons simplement les illustrer par la taille des prises dans une voie déjà répétée, ou encore l’abus de magnésie et de ces traits (tickets) qui ne sont pratiquement jamais effacés par leurs auteurs), il semble essentiel de recentrer un peu les choses dans les enjeux qu’elles représentent.

Oui, nous avons le droit de pratiquer comme nous  le souhaitons mais sous réserve du respect de l’environnement (au sens large du terme : faune, flore, riverains, usagers…).

Non l’intérêt personnel ne peut s’assouvir à n’importe quel prix et surtout en dégradant un patrimoine commun dont il semble plus que jamais primordial de préserver afin qu’il perdure pour les générations « avenir… ».

Introduction de Carole Palmier.

Texte de Julien Grossi.


Un grand remerciement à Pierre Giffon pour nous avoir permis de publier ses photos. Si vous aimez les belles images, nous vous invitons à consulter son blog : http://oiseaux13.canalblog.com/

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