La guerre des sites 4 : le déconventionnement pour les nuls.

… Comme un mauvais film d’horreur.

Un article signé Cathy Bass et illustré par Greenspits, pour comprendre avec précision et humour la situation des sites naturels d’escalade (SNE).

On le craignait…
Certains espéraient que non…
Certains faisaient l’autruche…
Certains, plus lucides, avaient déjà porté le deuil…
Certains, plus combattants, étaient déjà passés au mode furtif…
La plupart d’entre nous grimpait en sachant qu’une épée de Damoclès plannait au-dessus de nos têtes…
Bon, ben voilà, c’est fait…
La FFME a annoncé : les conventions fédérales, c’est fini.

Et c’est grave.

LE RETOUR DE LA FARCE

Pour ceux qui en sont étonnés, il y a vraisemblablement quelque chose qui leur a échappé au cours des dernières années…

Si on peut s’insurger contre la méthode, laide s’il en est, de la transmission de l’information (période de confinement, vote restreint, concertation plus que restreinte : restrictive…), on ne peut pas, en vrai, s’étonner de cette décision, latente depuis tant d’années.

On peut arguer que les grimpeurs auraient été d’accord pour payer plus cher une licence si c’était le prix à payer pour sauvegarder les falaises, si le deal avait été posé comme ça. 
Mais ça n’a pas été posé comme ça, et pour cause…

La gestion des falaises avec la responsabilité qui en découle est une patate chaude… C’est un fait, et rappelons que la FFME a permis, avec les conventions, un développement considérable des falaises et la création d’un patrimoine national exceptionnel. Ça c’était l’époque où l’escalade ne se pratiquait qu’en falaise.

Patrick Edlinger, “L’été de porcelaine”, Gorges du Verdon – © Robert Exertier

La responsabilité engagée de la fédération a été une prise de risque certaine, et de nombreuses années se sont écoulées sans heurts, pour le bonheur des grimpeurs insouciants.

Sauf que…
À un moment, la fédération a œuvré elle-même à la situation inextricable dans laquelle elle se trouve aujourd’hui.

Sauf que…
On aimerait bien qu’elle assume pleinement le fait qu’elle ne veut plus s’occuper des falaises et qu’elle assume le fait que c’est un choix politique, plutôt que nous faire croire qu’elle est la victime.

Partage et insouciance au pied des falaises de Bavella – © Greenspits

Décryptage

L’escalade, au temps où les conventions étaient la panacée, était une activité, dérivée par son histoire de l’alpinisme, dite activité à risque. Ou, pour parler comme le ministère des sports, une activité à environnement spécifique (milieu instable, nécessité de secours formés à la verticalité…).

Mais la fédération ne voulait pas transmettre à ses futurs potentiels licenciés l’idée que l’escalade était dangereuse, c’est un point contradictoire avec l’augmentation massive du nombre de licences.

D’autre part, qui dit environnement spécifique, dangereux donc dans son essence, dit que la formation doit être assurée par l’état. Ben oui, on ne peut pas laisser la formation à n’importe qui.

Stage rééquipement Greenspits – © Damien Largeron

La formation était donc assurée par les CREPS (Centre de ressources, expertises et de performance sportives), établissements d’Etat.
Sauf que… 
La fédération avait des vues sur l’augmentation du nombre de licences et sur la formation professionnelle (il paraît que c’est un domaine lucratif). Pour ça, il était nécessaire que l’escalade sorte du champ de l’environnement spécifique.

Après moults débats au ministère, le Ministère des sports se constituant arbitre et laissant les uns et les autres s’écharper : les Creps et Syndicats professionnels défendant l’environnement spécifique contre le camp de la FFME (délégataire quand même), sur une période s’étalant sur environ 10 ans (quand même !!), ils ont fini par ne pas s’entendre (personne ne voulait rien lâcher), et mettre en place un système brinquebalant. 

Une partie de l’escalade était en environnement non spécifique : les SAE, et les sites sportifs d’une longueur.

Au delà, l’escalade est en environnement spécifique, donc les sites non sportifs amalgamés sous l’intitulé terrain d’aventure (TA), et les voies de plusieurs longueurs.

Une fois ce fait posé, le discours fédéral s’est raffermi : l’escalade n’est pas une activité dangereuse

Mais du coup, il a fallu définir les sites sportifs, et donc définir des normes. Ça y est. On a mis le doigt dans l’engrenage.1

1  D’ailleurs, c’est une des charges qui pèsent contre la FFME lors de “l’affaire Vingrau” CA  Toulouse, 21/01/2019, N° RG 16/02863: “Ils (les victimes) estiment que la FFME, gestionnaire du site, a manqué par négligence ou a fautive à ses obligations d’autant plus caractérisé qu’elle avait adopté en comité directeur le 14 décembre 2003 pour la partie “escalade” des normes de classement des sites et itinéraires prévoyant pour les sites sportifs, comme l’est celui de Vingrau, que le rocher soit entretenu et régulièrement purgé par le comité ou la structure gestionnaire.” Mais ce n’est pas ce que le tribunal a retenu.

Pour être un site sportif, il faut avoir un équipement normé (relais chaîné, points en 12, pas de chute au sol) et être entretenu par un gestionnaire identifié (fédé ou club ou individu).

Ensuite, il a fallu définir l’entretien. Afin de protéger ses arrières, et les arrières des équipeurs (et c’est une bonne chose), l’idée étant de dire : si on fait ça (cf. guide d’entretien des SNE édité par la FFME), alors on a fait le job, et on ne peut rien nous reprocher. En effet si la procédure a été respectée, le reste est la faute à pas de chance.  Histoire quand même qu’il y ait encore des équipeurs, et des clubs qui veuillent bien faire l’entretien. 

Gorges du Blavet – © Damien Largeron

Nous voici alors entrés de plain pied dans l’escalade “pas dangereuse”. Pour les grimpeurs que nous sommes, cela paraît ubuesque, pour les nouveaux grimpeurs peut-être pas… Le discours est bien passé… Mais, si l’escalade n’est pas dangereuse, il n’est pas tolérable de prendre un rocher sur la tête… Ceci ajouté à la judiciarisation… (et potentiellement à la pratique indoor exponentielle ?)… Ca fait un mélange détonnant !

Et nous voilà avec l’affaire Vingrau.

Combien ????

Pour ceux qui veulent plus de détails, cf. les premiers tomes de la Guerre des Sites : le premier, le deuxième, le troisième.

P. Yolka, dans un article2, s’étonne discrètement et très prudemment, de la ligne de défense tenue par la fédération… Et annonce clairement, du fait du verdict, le déconventionnement et la fin du système3.

2 [Conventionnement des sites naturels d’escalade : la fin des « Trente Glorieuses » / Philippe YOLKA in La Semaine juridique – administrations et collectivités territoriales, N°16 (22/04/2019)]

3 “La position financière de la FFME devenant intenable, la perspective d’un « déconventionnement » massif des falaises françaises – longtemps perçue comme un simple épouvantail – est devenue franchement plausible.”

Pour en revenir à notre sujet, le déconventionnement massif et total des falaises était donc dans les tiroirs depuis longtemps, et « l’affaire Vingrau pourrait n’être que l’accélérateur d’un changement à l’œuvre » (Yolka, 2019 op.cit).

Aujourd’hui, on ne peut qu’être d’accord avec la FFME quand elle dit : nous ne pouvons plus assumer cette responsabilité.

Certes.

Mais, la FFME se pose en victime et c’est là que le bas blesse.  Elle a contribué à être son propre bourreau dans cette affaire.  Et pourtant, elle continue de clamer son innocence.

Lorsqu’elle dit : ce n’est pas aux 100.000 licenciés d’assumer la charge de 1 million de grimpeurs, on ne peut qu’être d’accord. Mais quelle est sa part de responsabilité dans cet état de fait ? Comment se fait-il qu’elle n’ait pas réussi à intégrer ces 900 000 « autres grimpeurs » parmi lesquels les falaisistes ? C’est dingue non ? On est vraiment des débiles ou quoi ?

Et ne l’ouvrez pas trop… #covid19

En fait, soyons clairs : elle n’en voulait pas. Sa stratégie était de cesser les conventionnements, et faire entrer 900 000 grimpeurs et falaisistes, c’était se condamner à chercher un moyen de faire perdurer les conventions, et donc d’envisager de garder cette patate chaude. Elle a réussi à faire augmenter le nombre de licences, mais n’a jamais eu de discours porteurs auprès des falaisistes pour qu’ils intègrent la masse des licenciés et au contraire, a tout fait pour qu’ils ne voient dans sa politique qu’un désintérêt des falaises.

La boucle est bouclée.

Bref.

Falaise de Séranon (06) – © Greenspits.

Qu’est-ce qui nous attend maintenant ?

La responsabilité du fait des choses.

C’est le problème central des falaises. Et son corollaire : on est responsable sans faute, ce qui veut dire, la victime n’a pas à prouver que le propriétaire a fait une faute. Même s’il n’en a pas fait, il indemnise parce que c’est chez lui et sous sa responsabilité de plein droit.

Petit rappel : on est responsable des choses que l’on a sous sa garde. Sous entendu, si ce qu’on a sous sa garde, – par exemple une falaise – s’écroule, on est responsable, et donc, on indemnise la victime (tout ça n’est qu’une histoire de sous en fait). Comment ça se traduit en vrai ? Comme chacun sait, tout le territoire français appartient à quelqu’un. Il peut appartenir à des privés ou à des collectivités territoriales (communes, départements) mais il n’y a pas d’espace qui y échappe.

Grande voie au Cap Canaille – © Gilles Greiner

Donc, une falaise est forcément sur la parcelle d’une personne physique (un individu) ou morale (collectivité).

Cas n°1 / Si la falaise est sur la propriété d’une collectivité territoriale.

La fédération (désolés, on ne fait que parler de la fédération… Mais elle est au cœur du sujet) dit : nous ne pouvons plus assumer le risque de plein droit, nous allons demander aux collectivités territoriales d’assumer ce risque, et nous nous engageons contre rémunération à faire l’entretien.

Dans ce cas la FFME est responsable avec faute.

J’ai pas fait exprès…

Explications :

Etre propriétaire c’est être responsable de fait. Vous êtes propriétaire d’un mur en pierres, il s’écroule, vous devez réparer les dégâts, voire indemniser la victime si elle en a subi un préjudice (si le mur lui est tombé dessus par exemple). On est victime, on va au tribunal, on est sûr de gagner (s’il y a un lien entre le préjudice et la propriété évidemment, et s’il n’y a pas de force majeure ou d’élément extérieur qui pourrait dédouaner le propriétaire), et il est sûr de payer.

Être gestionnaire de falaise (hors convention évidemment mais sous contrat) c’est assurer l’entretien selon la norme définie (édictée par la fédé) et on est alors responsable pour faute : si une victime prend un caillou, elle doit prouver (et c’est moins facile déjà, d’entrée) que le gestionnaire a fait une faute (et il peut se défendre en prouvant qu’il a suivi la procédure).

Par exemple : je suis chargé de l’entretien des murs par le propriétaire, sous contrat. Si le mur s’écroule, la victime doit prouver que j’ai mal fait mon boulot (c’est elle qui a la charge de la preuve) et je dois me défendre : si j’ai tout bien fait selon les normes en vigueur, je n’ai donc pas fait de faute, je n’ai donc pas à indemniser la victime. Mon contrat me donne une obligation de moyens, pas de résultats. (L’exemple n’est probablement pas correct, une falaise n’étant pas un mur construit, mais ça donne l’idée).

Donc, le gestionnaire sous contrat change alors de responsabilité : de sans faute, il passe à faute prouvée.

Si pour Vingrau la FFME avait uniquement eu la casquette de gestionnaire du site sous contrat, elle aurait fourni les preuves de respect des procédures, et l’issue aurait probablement été différente.

Nico Dufeu à l’ouverture du “Barring” en Corse – © Jeremy Gotto

La FFME dit : la collectivité territoriale n’est pas soumise au même régime de responsabilité sans faute comme un propriétaire privé lambda (c’est pourquoi, nous leur laissons la garde du site).

En effet, dans le cas de son domaine public, elle est soumise au tribunal administratif, et elle est alors responsable pour faute présumée (cf. Yolka) : régime qui parle alors de défaut d’entretien normal de l’usage public.  Régime « plus léger » qui permet qu’il y ait encore des personnes qui acceptent d’être maires aujourd’hui…

Ainsi, la collectivité, si elle était mise en accusation, pourrait se retourner contre la fédération (puisque c’est elle qui est chargée de l’entretien). Donc elle ne serait pas condamnée de fait, et la fédération pourrait être condamnée si elle a failli à l’entretien, mais pas si elle a suivi la procédure. Au pire, il pourrait y avoir responsabilités partagées, ce qui serait plus tenable pour l’une et l’autre des parties.

Reste que certaines collectivités sont frileuses, pour ne pas dire congelées, parce que les falaises, n’étant pas reconnues officiellement (ni jurisprudentiellement, ooh le mot pourri !) comme faisant partie de leur domaine public, ni comme ouvrage public, elles pourraient être qualifiées par le juge comme relevant du domaine privé de la commune.

Et donc, elles retomberaient sur un tribunal civil (comme un propriétaire lambda, sauf qu’elles sont beaucoup plus solvables !!) et donc sur une responsabilité sans faute4. La quadrature du cercle…

4 https://www.village-justice.com/articles/deconventionnement-des-sites-naturels-escalade-quels-enjeux-pour-les,35179.html

Du coup… si le gestionnaire n’était pas condamné pour faute, les collectivités seraient responsables de plein droit, et la victime aurait aussi vite fait de porter plainte contre elles… 

Un grimpeur, animal en voie de dispatition des Calanques de Marseille… © Amelia Suzuki

Comment “qualifier” les falaises ?

Il y a des caractéristiques propres au domaine public (affectation à l’usage direct du public : les pratiquants) ou au service public (la FFME est investie d’une telle mission) moyennant des aménagements indispensables (purge, aménagement des accès et du pied des voies, pose de points…) (cf. Yolka, 2019 Op.cit). Et on pourrait supposer que les falaises sportives relèvent peut être du domaine public, mais qu’en est-il des falaises terrain d’aventure ??????? On revient sur ce point après. 

Cela veut donc dire que si une commune veut être soumise au tribunal administratif, alors elle a intérêt à faire une falaise sportive (domaine public) et à avoir un gestionnaire (pour qu’il prenne la responsabilité de l’équipement)… Vous percevez la boucle ?

Pour cela la commune doit avoir les moyens d’établir un contrat avec un gestionnaire… Ce ne sera pas pas le cas pour toutes. Elle doit aussi avoir une démarche volontaire… Encore une autre histoire.

Pour cela la falaise va nécessairement répondre à un équipement standardisé.

Pour l’instant, certains comités territoriaux, ces acteurs de terrain à qui l’on doit tant, qui oeuvrent parfois salariés, parfois bénévoles, parfois via des professionnels, mais qui oeuvrent dans ce sac de noeuds, ont gardé le plus souvent “l’esprit” des falaises et de l’équipement… Pour l’instant, et parce que tout ça est resté relativement confidentiel. Mais qu’en sera-t-il quand tout le monde va se rendre compte de la situation, et que ça risque d’échapper aux équipeurs/grimpeurs ? C’est un grand risque ! (cf. La Guerre des Sites 3 : vers un “diplôme d’équipeur professionnel”).

Jeff Arnoldi, “Take it or leave it”, Gorges du Verdon – © Raphaël Fourau

Donc la proposition fédérale ne règle pas le cas de toutes les falaises, loin s’en faut, elle le dit, et elle l’assume. 

Que se passera-t-il alors ? Fermeture ? Grimpe sauvage vouée à l’interdiction au moindre pépin ?

Pour les collectivités, quand MM. Moutardier et Renaud de la FFME5  disent qu’il y aurait possibilité d’attaquer des décisions d’interdiction abusive (car disproportionnées par rapport aux risques), c’est difficile à entendre : ils ne veulent pas prendre la responsabilité, eux, la fédération délégataire !!! Alors n’allons pas attaquer des mairies qui tolèrent cette activité et n’y connaissent probablement rien, et qui, potentiellement, ont peut être encore moins de moyens !

Quelle indécence face à leur propre message ! S’il doit y avoir attaque des interdictions abusives, la moindre des choses serait qu’il y ait une réponse juridique s’il y avait un accident. La FFME avait déjà tenté de se dédouaner de l’accident de Vingrau en incriminant la mairie et La Route de la Grimpe en faisant valoir une intervention de celles-ci sur le site6. Mais comment éviter la responsabilité des communes ?? Pour l’instant, il n’y a pas l’once d’une réponse.

5 https://planetgrimpe.com/2020/05/01/interview-exclusive-avec-la-ffme-au-sujet-de-la-fin-du-conventionnement-des-falaises/

6 CA Toulouse, 21/01/2019, N° RG 16/02863  : “Elle (la FFME) conclut que la commune ayant fait le choix d’intervenir sur le site, notamment dans le cadre de la gestion de sa sécurité, sans en référer ni solliciter son autorisation, aucun manquement à son obligation d’entretien et de sécurité ne peut lui être opposé et que le comportement de la commune révèle un transfert de la garde du site puisqu’au titre de son intervention inopinée cette dernière détenait l’usage, la direction et le contrôle de voies.” Argument qui n’a pas été retenu par la cour d’appel : “d’une part le contrat (convention) ne prévoit rien de tel (…) d’autre part, ces interventions n’étaient susceptibles de modifier les pouvoirs d’usage (…) l’accident s’est produit huit mois plus tard (…).” C’est étrange comme défense.

Couleurs de Buoux avec Cath Flick – © Gilles Greiner

Cas n°2 / Si la falaise appartient à un propriétaire privé.

Pour le coup, il tombe directement sous la responsabilité que la fédération ne peut plus assumer… Autant dire qu’il n’a pas les moyens… et que cela paraît hallucinant, déontologiquement à chier, de lui faire porter le chapeau.

Est-ce que mettre la falaise en terrain d’aventure lui enlèverait une épine du pied ? Est-ce que la modification de la loi sur la responsabilité des propriétaires le sauverait ? nous sauverait ? Nous n’en sommes malheureusement pas sûrs.

Cas n°3 / Si la falaise est classée terrain d’aventure.

Considérant que le terrain d’aventure (cf. plus haut) est une activité à environnement spécifique, cela sous-entend que le caillou n’est pas si sûr et que les aménagements en place sont laissés à l’appréciation des utilisateurs.

C’est peut être la meilleure option que nous pouvons proposer aujourd’hui, sans pour autant avoir la certitude que cela fonctionnerait et libèrerait le proprio de sa responsabilité sans faute…  Aussi difficile à expliquer au propriétaire qu’à assumer en tant que gestionnaire… Ne pas lui dire, tout en lui disant, qu’il sera peut être la prochaine jurisprudence… Pas facile à tenir quand on a une morale et que ce n’est pas nous qui engageons notre responsabilité…

Si on regarde de plus près la notion de faute, le code civil nous dit qu’elle existe : soit parce qu’on a fait ce qu’on n’aurait pas dû faire, soit qu’on n’a pas fait ce que l’on aurait dû faire (donc inclus, négligence, imprudence, fait).

Ben du coup… On n’est pas sûrs que le proprio serait dédouané… Mais il nous semble, clairement, qu’entre un propriétaire, non ou peu solvable, et un grimpeur qui grimpe sur une falaise où il est stipulé, de façon indéniable, qu’il grimpe à ses risques et périls… Il y aurait peut être moyen de passer entre les mailles…

Sereins et assurés à l’autre bout de la corde… Falaise de la Turbie –
© Greenspits

Mais, un des préalables qui simplifierait moultement (ahah) les choses, serait que le grimpeur soit assuré, et bien assuré. Il faut aussi ne pas rendre simple ce qui est complexe et dire au grimpeur de Vingrau qu’il n’aurait pas dû… Quand on perd un bras, et qu’on n’a pas d’assurance, ou qu’on est mal assuré, intenter un procès qu’on est sûrs de gagner, et envisager plus sereinement l’avenir…

Ne nous le cachons pas, tout le monde y aurait pensé. Et si on n’y avait pas pensé, notre assureur, quel qu’il soit, nous l’aurait conseillé… Bon pour un guide ça craint un peu, c’est vrai. Mais surtout cela semble assez convenable qu’une victime puisse bénéficier de soins quelque soit l’état de ses finances, sans que les primes, pour autant, deviennent rédhibitoires.

Concernant les montants des indemnisations, c’est les avocats des assureurs qui s’en chargent.  Il s’agit de trouver un équilibre entre cotisation individuelle et plafond d’indemnisation (ou changer le montant autorisé des bénéfices des assureurs… ça peut jouer aussi…).

Bref, ceci étant dit : falaise terrain d’aventure, propriétaire privé ou domaine privé d’une petite commune, et grimpeur mal assuré… Il est clair qu’une falaise terrain d’aventure aura plus de chances de faire retomber la responsabilité sur le grimpeur… À la condition qu’il en ait une. Alors à nous de prendre les nôtres !

Par contre, pour éviter que les primes soient inaccessibles, forcément, il faut une mutualisation… Qui de mieux placés qu’une fédération ? Mais je m’égare.

Grimpeur dans la brume – © Greenspits

Alors, on en est presque toujours au même point...

Comment dédouaner un propriétaire/une petite commune ?

Une tentative était le changement de la loi sur la pratique des sports de nature.

(cf. la Guerre des Sites : nouveaux débats). 

Petit rappel, la proposition était : « Art. L. 311-1-1. – Les dommages causés à l’occasion d’un sport de nature ou d’une activité de loisirs ne peuvent engager la responsabilité du gardien de l’espace, du site ou de l’itinéraire dans lequel s’exerce cette pratique pour le fait d’une chose qu’il a sous sa garde, au sens du premier alinéa de l’article 1242 du code civil. »

La procédure c’est : passage au sénat, puis la proposition doit être portée par un député à l’assemblée nationale, ensuite, mis à l’ordre du jour de l’assemblée et voté. Si ça passe, c’est cool, si ça ne passe pas, ça redescend au sénat et ça reprend la boucle.

On vote ?

Aujourd’hui, ce projet a passé le cap du sénat (sous sa forme modifiée par le rapporteur), a été porté par un député à l’assemblée nationale, mais n’est pas mis à l’ordre du jour. En ces temps de Covid-19, on imagine bien que ce n’est pas une priorité… 

Par contre, avec le temps, ce projet de loi s’est glissé par 3 chemins différents :

1/ Celui qu’on vient d’énoncer concernant la loi sur la pratique des sports de nature. On attend donc, mais c’est mal barré

2/ Au niveau d’un projet de loi sur la justice, où l’article a été quelque peu modifié, semblerait -il pour des raisons de partis politiques et d’acceptation par la majorité (en gros, pour que ça passe mieux…). L’article en question développe plutôt l’aspect « risque normal de l’activité ». Là encore on ne sait pas trop ce qu’il devient, et il n’a toujours pas été voté par le sénat… Donc pas passé l’étape zéro.

3/ Dans un projet de loi accélération et simplification de l’action publique7. Sur de nombreuses propositions diverses, s’est glissée la proposition initiale. Ce dernier projet, est porté par le gouvernement. Il a déjà été voté par le sénat, qui l’a soumis à l’assemblée nationale. Comme il est gouvernemental, il ne devrait pas être enterré, et donc, devrait se retrouver à l’ordre du jour… Un jour ! Et comme son nom l’indique, ce projet entre dans une procédure accélérée, donc s’il est accepté (avec tous les articles ou avec seulement certains d’entre eux), il y a application immédiate.

7 Article 37 ter du projet de loi : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/acceleration_simplification_action_publique

Dans ce projet de loi, il faut savoir que toutes les activités de nature, et donc toutes les fédérations de sports de nature sont concernées, ainsi que l’économie (notamment touristique) si chère à notre gouvernement.  Donc, quelque part, il va bien falloir s’en occuper à un moment, sauf si c’est la fin des haricots : réchauffement climatique, mouvements de population, destruction de la planète… Ce qui est un scénario tout aussi envisageable.

N’est-ce pas du fond du puits qu’on voit le mieux la lumière ? – © Benoit Foujols.

Donc, on croise les doigts, et on attend…

On pourrait aussi envisager des propositions lues sur les réseaux sociaux...

Pourquoi pas une énorme tapette géante ?

1/ Une licence falaise ?

L’objectif serait de limiter les risques d’accidents où le dédommagement incomberait au propriétaire (quel qu’il soit). Une option intéressante, mais encore faut-il que les fédérations (quelles qu’elles soient FFME (ahah), FFCAM, FSGT ou autre…) s’emparent de la question, et qu’un assureur les suive.

En même temps, si obligation il y a d’avoir une licence falaise, plus chère évidemment, comment oblige-t-on les grimpeurs à la prendre (impossible dans le droit français), comment contrôle-t-on les contrevenants ? Et au vu de la judiciarisation, si les recours augmentent, ce ne sera pas tenable, comme le dit la FFME.

Et si l’accès à la falaise est synonyme d’argent… « Ça pue du cul » comme dirait Léodagan (Kaamelott).

La belle Céüse – © Amelia Suzuki

2/ Alors quoi ? Des permis de grimper dehors 

Pourquoi pas, à la condition qu’ils soient gratuits, avec une formation relative à la responsabilité incluse et la garantie que les libertés individuelles de pratiquer nos activités ne soient pas remises en causeCela constituerait pourtant un vrai levier sur les assurances autant qu’une garantie de compétences. Un sacré défi ! Mais peut être que cela irait dans le bon sens ? Rappelons-nous quand même que jusqu’à maintenant la pratique de l’alpinisme, considérée par tous comme une pratique à risque, n’a aujourd’hui toujours pas donné lieu à l’implication de la responsabilité des propriétaires des montagnes.

Bon, c’est vrai, l’alpinisme n’a pas le vent en poupe question licences…  Petit aparté : la loi Montagne n’est pas une option juridique, comme on peut le lire sur internet, elle ne fait “que” rendre accessible, sans interdiction possible, le manteau neigeux.

3/ Après, les falaises payantes… 

Ben oui, forcément… Comme tout ça est une histoire de sous, on y pense !  Par contre, si falaise payante, alors on est dans une salle d’escalade, avec un mec à l’entrée, une obligation de moyens et une garantie de résultats (regardez les normes de SAE… Il y a 4 tomes de 500 pages, ooh d’accord j’exagère, d’accord). Et cela change tout.

Ce qui nous interroge dans ce système, c’est :  Il y a des normes d’équipement qui ne relèvent que de protocoles et d’outils, mais ne relèvent pas de l’analyse du caillou. Normal. Mais si on rentre dans le champ commercial, et dans le champ de l’obligation de résultats, alors il y aura des cabinets d’étude pour le caillou. Si on regarde du côté des via ferrata, et qu’on observe, effaré, l’apparition des tiges de tendeurs d’un mètre vingt de long et de 2 cm de diamètre (si si, véridique), ça fait pas rêver.  Et des tapis de réception en bas des voies au cas où ? Vers quoi cela nous mène-t-il ?

Sans parler évidemment du concept de payer l’accès à la nature…

Un homme, du grès © Greenspits

Conclusion

A vue de nez, les propositions ne tiennent pas en tant que telles. Par contre, elles font la preuve qu’il y a un invariant nécessaire : la mutualisation (des assurances, des formations, des négociations…).

Et même une mutualisation d’une partie de ces propositions.

Rêvons un peu : un regroupement, qui aurait à cœur de pérenniser la pratique extérieure, pourrait envisager tous ces éléments ensembles : des formations, des permis de grimper, des licences falaises, des responsabilisations des pratiquants, un réseau de personnes convaincues qu’elles vont parvenir à une gestion pérenne de l’escalade en sites naturels…

L’acceptation du risque par le pratiquant qui nous sortirait de la boucle “norme à tout prix”.

L’assurance mutualisée avec une licence falaise qui nous sort de la boucle “qui paie?”.

Des permis de grimper qui nous sortiraient de la boucle “défaut d’assureur”?

Des formations et de l’éducation aux bonnes pratiques, aux dangers de l’escalade en extérieur et à l’équipement via des assocs qui nous sortiraient de la boucle du défaut d’assureur, et de l’ignorante victime.

Des financements d’équipement via des dons qui nous sortiraient eux aussi de la norme et de la standardisation.

Tout ceci se tient dans une boucle vertueuse non ? Et qui serait le mieux placé pour ça ? Qui même pourrait être dédié à ça ? Une fédération dont la délégation d’état lui imposerait “de veiller à la sauvegarde de l’intégrité et de la beauté de la nature en montagne ainsi qu’à la protection des lieux naturels de pratique”8 ? Pardon, je m’égare à nouveau…

8 Extrait des statuts actuels de la FFME, titre 1 : but et composition

Françoise Quintin, “Scaravanger”, Buoux – © Robert Exertier

Mais, brusque retour à la réalité : Il reste un problème central quand même… Le glissement subtil qui s’opère là, avec les propositions fédérales, c’est de passer d’un système géré de façon plutôt bénévole et passionnée, à moindre coût, à un système commercial où les communes mettraient la main à la pâte.

Donc.  Les communes mettent de l’argent dans l’équipement, on suppose qu’elles voudront être dégagées de ce problème. On imagine qu’elles voudront alors des sites sportifs. Cela suppose également de l’entretien. On sent le marché florissant, pérenne, presque une petite poule aux œufs d’or. Et oh, merveille, un CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) équipement/rééquipement proposé par la fédération… La boucle à nouveau ! Avec comme conséquences (cf. La Guerre des Sites 3 : vers un “diplôme d’équipeur professionnel”), le risque de voir apparaître les sociétés de travaux acro, seules ayant les reins assez solides pour répondre aux appels d’offre…

Quid de l’ouverture/équipement fin et goûteux ?

Bref.

Tout en finesse… – © Damien Largeron

Eh oui, c’est long, c’est long. C’est long et désabusé… Quand on voit l’engouement qu’a suscité Greenspits, qui traduit la motivation des grimpeurs falaisistes à la participation à la gestion de l’équipement/rééquipement, à la prise de conscience de la situation dramatique dans laquelle on était en train de s’enfoncer, et on n’a pas eu le temps de cette révolution mentale, et on est en train de courir derrière un train qui est déjà parti. Ça vous rappelle pas quelque chose… Le climat peut être ?  Pfffffff 

Et ce qui est angoissant, c’est que quelles que soient les manifestations anti-déconventionnement en ligne, les nôtres y compris, quelle que soit la mobilisation contre cette situation (certains comités territoriaux semblent remontés), la fédé ne va pas revenir sur sa décision. Vous connaissez la technique du rouleau compresseur ?? On attend que l’orage passe et tranquillement on continue son chemin, tout droit.

Menace que les licenciés (falaisistes) iront se licencier ailleurs ? Et après ? Qu’est ce que ça change ? Nous ne sommes déjà plus grand chose dans sa comptabilité… L’avez-vous vu fléchir sa ligne directrice à la première annonce de déconventionnement ? Malgré le tollé général ?

Les falaises, c’est une patate chaude, personne n’en veut… Sauf nous, les grimpeurs (dont certains comités territoriaux)…

Merci qui ?

BIBLIOGRAPHIE


Conventionnement des sites naturels d’escalade : la fin des « Trente Glorieuses » / Philippe YOLKA in La Semaine juridique – administrations et collectivités territoriales, N°16 (22/04/2019).

 

Interview exclusive avec la FFME au sujet de la fin du conventionnement des falaises. PlanetGrimpe, 2020. Consultable à l’adresse : https://planetgrimpe.com/2020/05/01/interview-exclusive-avec-la-ffme-au-sujet-de-la-fin-du-conventionnement-des-falaises/

 

D’autres points de vue :

Déconventionnement en plein confinement : la déconfiture de la FFME ? Philippe Poulet in Montagnes Magazine, 2020. Consultable à l’adresse : https://www.montagnes-magazine.com/actus-deconventionnement-plein-confinement-deconfiture-ffme

 

« Si même la fédération délégataire ne veut plus se porter garante de nos pratiques, où va-t-on ? » Yann Borgnet, Montagnes Magazine, 2020. Consultable à l’adresse : https://www.montagnes-magazine.com/actus-yann-borgnet-si-federation-delegataire-veut-plus-porter-garante-pratiques-ou-va-on

 

Déconventionnement : la réponse des comités territoriaux de la FFME, Claude Vigier, 2020. Consultable à l’adresse : https://www.grimper.com/news-article-78

 

Le déconventionnement des falaises est une démission de la FFME, pas une obligation ! Fred Labreveux in Grimper Magazine, 2020. Consultable à l’adresse : https://www.grimper.com/news-le-deconventionnement-falaises-demission-ffme-obligation

 

France : La mort “assurée” des conventions, perspectives et réactions. Fanatic Climbing, 2020. Consultable à l’adresse : http://fanatic-climbing.com/france-la-mort-assuree-des-conventions-perspectives-et-reactions-french-only/

 

Interview exclusive avec la FFME au sujet de la fin du conventionnement des falaises. PlanetGrimpe, 2020. Consultable à l’adresse : https://planetgrimpe.com/2020/05/01/interview-exclusive-avec-la-ffme-au-sujet-de-la-fin-du-conventionnement-des-falaises/

 

27 comités territoriaux adressent une tribune aux grimpeurs, aux médias ainsi qu’au siège national : https://ffmect38.fr/deconventionnement-la-reponse-des-acteurs-de-terrain-aux-articles-publies/

 

Merci pour votre attention

La guerre des sites 3 : vers un “diplôme d’équipeur professionnel” pour les sites naturels d’escalade ?

Depuis le début de l’aventure Greenspits il y a trois ans, nous avons pu constater l’émergence d’une prise de conscience collective autour de la gestion des sites naturels d’escalade (SNE). Nous avons pu noter un engouement des médias, des entreprises, des acteurs de l’escalade dans leur ensemble  pour le “green”, avec un changement marqué des modes de communication de notre fédération nationale (FFME).

Les articles de Cathy Bass pour Greenspits sur la gestion des falaises en France ont permis à certains grimpeurs de sortir du brouillard et ont révélé une certaine  incohérence dans les discours qui prônent une nature quelque peu “aseptisée”. La série d’articles La guerre des sites prône avec ironie le simple bon sens pour une meilleure cohabitation de tous les acteurs des SNE.

En cette période de revendications sociales nous réaffirmons la volonté de nous inscrire dans une démarche visant à informer notre communauté et défendre l’intérêt collectif.

Dans cet article, c’est Vincent Meirieu qui aborde une problématique complexe mais qui nous intéresse particulièrement car elle concerne les équipeurs/ouvreurs de voies naturelles. La passion et l’expérience des équipeurs/ouvreurs sont bien la garantie de falaises telles que nous les rêvons. Or un projet de CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) “Technicien équipement escalade – Équipement et maintenance des SNE” est en gestation au sein de notre fédération mère. Un “diplôme d’équipeur professionnel” qui nous met face à quelques questionnements…

Equipeur, un métier ? Rémunéré ? Quelle expertise pour ces diplômes “express”? Quelle légitimité pour les diplômés ? Quelle considération pour les équipeurs d’exception qui ont développé notre patrimoine des falaises ? Quelle vocation pour les jeunes équipeurs qui veulent faire perdurer l’éthique et la culture transmise par leurs pairs ? Quelle marge de manoeuvre pour les passionnés non qualifiés… et non licenciés ?? Et surtout, ne dérive-t-on pas vers une normalisation abusive mettant la gestion des falaises entre les mains de professionnels du BTP au détriment des grimpeurs eux-mêmes ?

“La via ferrata” © https://lesbaltringuesdelagrimpe.com

Merci Vincent pour cet article fort intéressant et bonne lecture à tous !

LES FESSES DE LA CRÉMIÈRE

 

Clarification en guise de préambule

Redéfinissons simplement ici « l’escalade sportive en falaise » telle que nous prétendons en traiter dans cette missive : c’est pour nous une pratique de nature, dont la finalité réside dans l’ascension en « libre », d’itinéraires de 1 ou plusieurs longueurs, équipés, et « nettoyés » pour permettre la progression encordée, mais ce, potentiellement, SANS norme et entretien régulier du  matériel en place.

Le terme « sportif » sera donc utilisé ici sans allusion aucune au classement des sites par la FFME  et donc à la norme qui s’y attache ; il fait pour nous juste référence  à une forme de pratique définie par des règles et des supports, que nous distinguerons de la pratique de l’escalade « traditionnelle »,  de l’escalade de « bloc » naturel, de l’escalade « artificielle », ou de l’escalade en SAE.

Nul doute que la FFME en s’appropriant les termes « sportifs » et « Terrain d’aventure » dans sa classification officielle, a semé le trouble et la confusion dans les esprits : une falaise « sportive » au sens « fédéral »  serait une falaise équipée normée et entretenue ; une falaise « Terrain d’aventure » serait une falaise qui peut être équipée (!) mais non normée. L’idée s’est donc propagée que l’escalade « sportive » est nécessairement aseptisée ; les falaises non normées seraient juste dangereuses ou nécessitant le recours à des protections amovibles comme c’était juste le cas dans le classement non officiel et le langage courant pour cette dernière affirmation. Glissement sémantique mais aussi idéologique, symptomatique des directions données par la fédération délégataire à notre activité, qui assume pleinement son engouement pour les jeux olympiques et ses priorités en matière de développement qui se portent nettement sur la SAE.

Un préambule indispensable et une occasion aussi de préciser que les nombreuses allusions à la FFME notre fédération délégataire font référence évidemment à l’échelon national et non au local, à l’étage du haut, siège du pouvoir et des décisions institutionnelles.

 

Laurent Triay à l’équipement – Gorges du Tarn – Le Gymnase © Zolve – purgemag.com.free.fr

 

De l’autre côté du miroir : les falaises ne sont pas des gymnases et personne ne souhaite qu’elles le deviennent…

Admettons ici l’existence de véritables « falaisistes », population singulière, génération spontanée qui se développe envers et contre toute tentative de « depunkisation » de l’escalade. Ces héritiers assumés (eux aussi) des pionniers en la matière des années 80 et 90, usagers et pratiquants des SNE équipés dans leur diversité, ne renâclent pourtant pas le temps d’une journée pluvieuse à tirer sur des triangles en résine, parce que quand même, c’est bon de bourriner même en salle. Ces grimpeurs, largement étudiés par les sociologues et autres chercheurs de bizarreries  sociétales, seraient attachés en falaise à :

  • La « naturalité » du milieu : telle que le relatif éloignement des sites de pratique des zones urbanisées et des grands axes de communication (quand c’est possible… Un grimpeur reste un grimpeur et il s’attachera à grimper même sur les pires spots urbains par défaut), une fréquentation modérée autorisant des rapports humains facilités et favorisant les échanges conviviaux et non consuméristes, des aménagements et modifications apportés au milieu discrets et parcimonieux…

 

  • La variété des itinéraires et des voies d’escalade : cela à travers la diversité des rochers, mais aussi la pluralité des formes « d’engagement » ou d’espacement des points d’assurage. Cette variété permet à tout un chacun de s’exprimer et entretient une forme de complexité enrichissante qui constitue l’une des singularités des pratiques d’Activités de Plein Air dans le renouvellement et la différence inhérente à la multiplicité des supports et des conditions de pratique.

 

  • Une forme d’ouverture et d’équipement fiable et conçu des voies d’escalade, permettant d’assurer sa sécurité dans la limite imposée par les risques subjectifs du milieu naturel. Tout est dit ici sur le paradoxe fondateur de notre activité : on veut se faire peur mais pas trop, grimper au dessus du point mais pas se faire mal, des falaises fiables mais pas des gymnases, grimper loin des foules mais pas trop loin des secours… Le beurre et l’argent du beurre… C’est important, fondamental, comment leur expliquer ? Notre société n’est malheureusement pas en capacité de comprendre (tolérer ?) la finesse de cette posture et la précision du curseur qui s’y rapporte, et nous met face à nos contradictions dans la gestion institutionnalisée, marchande et (ou) officielle de l’escalade.

 

  • Une forme d’ouverture et d’équipement dans l’harmonie d’une progression où le geste est dicté par le cailloux et assurer sa sécurité est une contrainte limitée. Autrement dit, une voie d’escalade doit pouvoir se grimper en mousquetonnant des points d’assurage certes fiables mais opportuns dans l’évolution gestuelle du grimpeur ; cela permettant ainsi la réalisation de l’itinéraire en « libre » et parfois dans le dépassement psychologique qu’impose de fait l’éloignement des prises de mousquetonnage.

 

Stephane Troussier  – Verdon – Megafoot – 7 a + © Robert Exertier

 

Postulat arbitraire mais raisonné

Toutes les pratiques (tendances idéologiques ?) qui n’iraient pas dans ce sens là viendraient de pratiques éloignées de cette culture telles que les pratiques « indoor » (aux qualités par ailleurs nombreuses mais là n’est pas le propos) et n’auraient donc aucune légitimité pour s’imposer sur l’outdoor. Cela dans la mesure où les pratiquants falaisistes, tels que décrits ci-dessus, se satisfont très bien de leur propre idéologie, fruit d’une réflexion historique et de fonctionnements anciens, raisonnés et évolutifs.

Et pourtant le rouleau compresseur est en marche.

Le trop plein d’aménagements des falaises et alentours est aujourd’hui soutenu par la tendance sociétale sécuritaire, cela encouragé par les problèmes de responsabilité que relaie la fédération acculée et portée par Tokyo, poussé par le flot de pratiquants indoor en constante augmentation, repus à des pratiques normées, et soutenu par les marchands du temple attirés par la consommation de masse comme les requins par le sang.

Résisterons-nous encore longtemps au tsunami normatif, sécuritaire et consumériste, quand les terrains de jeu se réduisent pour de bonnes ou mauvaises raisons, contraintes environnementales et logiques de privatisation ; la police des falaises veille…

 

Antonin Rhodes à l’image de l’équipeur “amateur”… © Greenspits /Jan Novak

 

« L’amateurisme » comme garde-fou de nos pratiques de falaisistes

Ouvrir une voie « n’est ni facile, ni accessible à tous. Équiper une voie c’est impacter le milieu naturel et ouvrir un itinéraire qui sera grimpé et répertorié pour de longues années. Équiper une voie c’est s’adapter au rocher et pas l’inverse, c’est nettoyer, purger, brosser et pas juste mettre des points… ». Cette juste définition que nous donne Greenspits de l’équipement relègue en arrière-plan les aspects économiques, normatifs et matériels. La connaissance de l’activité sur le plan technique (gestes), culturel (histoire), déontologique (philosophie), technologique (matériel), et pratique (évolution sur corde), sans garantir la compétence des ouvreurs, leur assure une base solide et des intentions vertueuses, et cela à travers la passion et l’expérience  que nécessite la maîtrise réelle de ces domaines.

Les ouvreurs comme « amateurs » (au sens littéral, terme cher à Laurent Triay : « qui aiment ») au service d’une passion, la technicité en soutien : Olivier Arnulf, Bruno Beatrix, Valery Bernard, Christophe Bernard,  Olivier Bert, Denis Bois, Guillaume Bourgeois, Jean Michel Cambon, Richard Champenois, Vincent Cotalorda,  Pierre Duret, Patrick Edlinger, Bruno Fara, Eric Garnier,  Hervé Guigliarelli, Denis Haye, Serge Jaulin, Jean-Luc Jeunet, Pierre Legrand, Christophe Louis, Guillaume Mijeu, Renaud Moulin, Laurent Perez, Philippe Mussato, Cyril Olagnier, Christophe Perrolier, les frêres Rémy, Antonin Rhodes, Hervé Rondeau, Alex Serres, François Thirion, Franck Vilpini… Et quelques centaines de plus… Tous ceux que j’oublie parce que ça n’en finit plus de ne pas s’arrêter…

Autant « d’amateurs » éclairés avec des kilomètres et des kilomètres d’escalade sous les chaussons, découvreurs et équipeurs de falaises sur leur temps libre parfois compté. Merci à eux.

 

Renaud Moulin, équipeur expatrié en Espagne à l’oeuvre à Margalef © Greenspits

 

À l’aube du business de l’entretien des falaises ?

La question d’un diplôme d’équipeur posé par la FFME à travers sa décision unilatérale de créer aujourd’hui un Certificat de Qualification Professionnelle  (diplôme du champ professionnel) hors de la filière escalade et de la branche sport doit être traitée avec beaucoup d’intérêt.

Rappelons ici que la fédération a pour objectif de déléguer la charge de responsabilité des falaises aux collectivités suite à un accident survenu sur une falaise dont elle avait la charge et qui lui coûte 1 million d’euros, rêve de passation fantasmé mais loin d’être réalité. Nous sommes, selon elle, à l’aube d’un monde où la fédération déciderait de la norme d’équipement sur une tendance sécuritaire assumée, où les collectivités seraient responsables en cas d’accident, et enfin où les Comités Territoriaux FFME prendraient en charge l’entretien contre rémunération. Le beurre et l’argent du beurre… La pièce manquante : ce fameux diplôme d’équipeur, délivré cela va de soi, par la FFME elle même.

 

 

Un modèle d’entretien bénévole pourtant majoritaire

La fédération nous dit que ce nouveau diplôme est une demande des collectivités. Mais les différents audits des falaises (tant celui de la FFME que du collectif Appel des Ouvreurs) font état que dans la vraie vie et les vraies falaises, les collectivités sont encore aujourd’hui bien frileuses à s’engager sur le terrain de la responsabilité (toujours plus importante) et (ou) de l’accompagnement financier dans une conjoncture globale de désengagement de l’Etat au profit d’un système de financement privé, libéralisme destructeur oblige.

Certes l’Hérault constitue aujourd’hui un modèle fédéral exemplaire avec la prise en charge financière du rééquipement par les collectivités signataires de conventions et l’entretien assuré par des professionnels de l’escalade locaux rémunérés et reconnus. Mais cela est bien singulier.

Très souvent les collectivités ont bien du mal à s’engager sur la voie du conventionnement. Quant aux financements, c’est bel et bien notre accroche au tourisme qui le rend possible, le mouvement sportif n’étant plus la priorité. Et nul ne sait ce qu’il adviendra des falaises quand la FFME dénoncera les conventions qu’elle a signées (ce qu’elle a annoncé) en l’absence de reprise par les collectivités.

Alors quoi ? Pourquoi donc un diplôme d’équipeur alors même que le système repose aujourd’hui majoritairement sur des bénévoles et que les financements tendent à réduire ?

 

 

À la marge : des professionnels rémunérés déjà investis dans l’entretien des sites

De nombreux titulaires de diplômes tels que le BEES 1 Escalade ou le DE Escalade et Milieu Naturel ou Guides de haute montagne ont historiquement toujours entretenu des falaises contre rémunération. Ceci à la marge, car les moyens financiers nécessaires sont conséquents. Le nombre important de diplômés suffit largement aujourd’hui à pourvoir les demandes en la matière dans cette petite niche économique qui est (et le restera) l’entretien des falaises. Et félicitons-nous de cela car comme vous l’avez compris, l’essence de cette réflexion tend à prouver que l’équipement doit rester la plupart du temps bénévole avec la passion comme leitmotiv, l’équipement professionnel à la marge et assuré par des passionnés expérimentés et légitimes localement.

J’en suis à me dire aujourd’hui que le péché originel, le début des embrouilles, est d’avoir conçu l’idée que les institutions se devaient de financer non pas nos équipements mais surtout la main d’œuvre associée… Le beurre et l’agent du beurre… N’aurait-on pas croqué la pomme le jour où un équipeur et grimpeur se serait fait rémunérer mettant ainsi le doigt dans un engrenage institutionnel, avec l’obligation de résultat et le risque zéro en ligne de mire ?

 

 

La voie de la raison est celle de la passion…

Qui aujourd’hui mettrait en doute la passion qui anime les guides et moniteurs d’escalade, l’expérience requise à l’entrée en formation comme la longueur des cursus garantissant de fait, à la sortie, des professionnels investis et enflammés (à défaut de compétents diront les grincheux !).  Et comme établi de fait en première partie de cette missive, ma foi bien compliquée à écrire autant qu’à lire, la passion et l’expérience des équipeurs/ouvreurs sont bien la garantie de falaises sportives telles que nous les rêvons.  Ajoutons que dans les formations dispensées aujourd’hui des moniteurs d’escalade, une semaine entière est consacrée au sujet de l’équipement, en pratique sur tous les types de supports et en théorie à travers une réflexion formalisée sur l’accès aux sites et les questions de déontologie.

Il convient là de faire une observation, tant et tant de falaises ont été équipées bénévolement par des pros ou en devenir : Guy Abert, François Bardinet, Bruno Martel, Hugues Bauzille, Stephane Benoist, Patrick Berhault, Philippe Billon, Adrien Boulon, Serge Casteran, Pierre Clarac, Lionel Catsoyanis, Arnaud Catzeflis, Bruno Clément, Quentin Chastagnier, Jonathan Crison, Pierre Danoux, Hervé Delacour Olivier Dutel,  Philippe Deslandes, Simon Destombes, Pascal Faudou, Olivier Fourbet, Axel Franco, Pascal Faudou Romain Gendey, Laurent Girousse, Yann Ghesquier,  Nicolas Glée, Bernard Gravier, Denis Garnier, Guillaume Lebret, Françoise Lepron, Ben Martineau, Sylvain Maurin, Antoine Le Ménestrel, Nicolas Nastorg, Thierry Nief, Pierre Oussin, Jacques Perrier, Michel Piolat, Arnaud petit, Ludo Pin, Olivier et Alain Pons, Fred Roulhing, Gerôme Rochelle, Christian Ravier, Pierre Rouzo, Fred Roux, La famille Rolland, Philippe Saury, Fred Saval, Pascal Tanguy, Rémy Thivel, Guilhem Trouillas, Laurent Triay, Claude Vigier… Et quelques centaines de plus… Tous ceux que j’oublie parce que ça n’en finit plus de ne pas s’arrêter…  Merci à eux.

 

Pierre Rouzo équipe “Les yeux plus gros que le ventre” à Russan © purgemag.com.free.fr

 

À la marge et seulement, la légitimité des professionnels locaux

Quoi de plus légitime, à l’exception, à la marge et en complémentarité de pratiques altruistes et bénévoles, que ces mêmes pros soient payés parfois par des collectivités ou des CT dans le cadre d’une pratique d’entretien de falaises existantes ou bien dans le cadre du développement de nouveaux sites à vocation pédagogique ou touristique. Dans la plupart des cas,  le travail réalisé est toujours satisfaisant, mu par de bonnes intentions et soutenu par une réflexion d’ensemble sur l’activité de professionnels ultra techniciens et passionnés qui connaissent leurs falaises.

Certes, on a tous en tête quelques exemples de sites où les sirènes du profit ont raisonné un peu fort, où quelques pros (des « jaunes » diraient Bourdieu) ont habilement su obtenir des « chantiers » et cela à des fins purement mercantiles, ont succombé aux sommations sécuritaires et normatives imposées par certaines collectivités. Mais cela reste à la marge. Et gageons que tant que ces travaux seront menés par des passionnés ces dérives seront minorées, et susciteront de vives réflexions. Les derniers gros « chantiers » de rééquipement menés par des collectivités ces deux dernières années ont fait la démonstration de la capacité des professionnels à s’investir avec réflexion (et sans regarder leurs heures) pour faire que nos falaises conservent leur singularité. Je pense à Claret où les acteurs locaux, professionnels de la région et équipeurs bénévoles de toujours, ont su remettre à neuf l’équipement tout en conservant le caractère engagé, historique et intentionnel des voies. Ou bien je pense à la falaise trop méconnue du Trenze, où les professionnels chargés de développer le massif ont su retourner le projet pour aboutir à un semi-équipement en terrain d’aventure plus adapté au niveau des voies, au support et aux pratiquants. Citons enfin un système à l’équilibre que celui du Comité Territorial Vaucluse avec quelques journées rémunérées pour des pros locaux qui font l’effort par ailleurs de s’investir bénévolement sur des journées de rééquipement collectives exemplaires ; le souvenir ému d’un dimanche à la face nord de Saint Léger avec 30 bénévoles pendus sur des cordes. Trois ou quatre d’entre eux reviendront rémunérés quelques mois plus tard finir dans les voies les plus déversantes.

 

Rééquipement à Saint Léger financé par le CD 84 © Pierre Duret

 

La voie de l’équipement professionnel institutionnalisé et assumé sera celle de la norme et du BTP !

Ce système de maintenance des falaises élaboré sans concertation, phénomène spontané, dans sa variété et sa disparité comme dans son fonctionnement peu institutionnel, est à la fois d’une fragilité importante et d’une nécessité absolue. Le métier « d’ouvreur équipeur » n’existe pas et les quelques pros sollicités jusque là en complément des actions bénévoles, étaient considérés comme dans l’exercice de leur métier de moniteur ou guide, bénéficiant ainsi des avantages réglementaires de ces métiers du sport reconnus (assurances et contraintes de fonctionnement inhérentes à leur activité SPORTIVE). Mais la situation évolue progressivement : la FFME a mentionné en 2016 que les salariés de leurs Comités Territoriaux dans l’exercice de l’équipement/ouverture/maintenance des falaises, dans un cadre rémunéré, devait dorénavant avoir recours aux techniques lourdes et matériels normés coûteux et encombrants développés pour les travaux en hauteur et leurs diplômes professionnels associés.

La fédération s’est engouffrée dans un système qui devait un jour ou l’autre aboutir à la création de diplômes spécifiques tels que ceux envisagés aujourd’hui. Drôle de stratégie que de chercher à raccrocher les wagons d’une activité institutionnelle bien loin de nos activités sportives plutôt que de tenter la démarche inverse : en l’absence de jurisprudence, il eût été à mon sens bien plus logique et surtout déontologique de chercher à faire la preuve qu’une activité d’entretien et (ou) équipement/ouverture de voies en falaise s’inscrit historiquement et pratiquement sur le champ sportif de prérogatives des actuels diplômés en escalade.

Mais la machine à formations et diplômes est en marche, la fédération est dans les starting blocks… Et le système va se mettre au travail : nouvelles assurances pour une nouvelle activité, développement officiel du « marché de l’équipement » (pour reprendre les termes de la fédération), appels d’offre  et concurrence, et les affres de toute activité marchande organisée par le monde libéral ; quid de l’esprit qui animait jusque là la plupart du temps l’aménagement des falaises ?

Certes, le bénévolat a ses limites et il est bien difficile aujourd’hui de recruter des bénévoles, le nombre de falaises à entretenir est énorme et la tâche ingrate. Mais qui croit à la possibilité de financer complètement cette colossale mission et qui veut des falaises entretenues par des ouvriers du bâtiment ?

 

Les falaises de demain ? © Dauphiné Libéré

 

 

Bienvenue dans un monde de M…

Bon, admettons, les collectivités s’engagent comme l’espère la FFME sur des conventionnements, la fédération, elle, écrit les règles de maintenance à l’image des contraintes sécuritaires et normatives sociétales et de la pratique indoor qu’elle promeut et forme des spécialistes de l’équipement. Les Comités Territoriaux, professionnels, ou les boîtes de travaux accro héritent de la maintenance des sites sur un système d’appels d’offres. Et voilà donc dans les deux cas, des professionnels qui entretiennent nos falaises, diplômés pour certains d’un diplôme officiel d’équipeur ou d’un diplôme de travaux en hauteur, les prix baissent et les assurances professionnelles augmentent.

Où sont passés les grimpeurs ? Et que deviennent alors les falaises sans moyens financiers ou sans conventions des collectivités ? Certes on peut penser que la création d’un diplôme d’équipement  va réduire le coût de l’entretien des falaises : la multiplication des diplômes (ou plutôt à mon sens le démantèlement organisé des filières professionnelles) a pour effet la mise en concurrence, la baisse des salaires et participe d’une forme d’Ubérisation assumée par notre fédération qui s’emploie à développer des diplômes sur des champs de compétence réduits. Phénomène encouragé par l’Etat et le système libéral.

Une escalade à deux vitesses, tel est, en l’absence de nouvelles solutions, ce que l’avenir semble nous réserver : de très probables gros sites « démocratiques » (au sens malheureusement péjoratif, sur-fréquentation et sur-aménagements, deux tendances à venir) gérés par des collectivités et entretenus par des pros du bâtiment et des travaux en hauteur. Et puis tout le reste, entre falaises musées, spots secrets, et sites illégaux, sites négociés à la marge avec la responsabilité assumée des propriétaires sans convention,  le tout classé en « terrain d’aventure » malgré le caractère sportif des voies, et plus ou moins entretenu par les pratiquants les plus motivés et financés par des systèmes de crow-founding, mécénat, sponsoring. Finalement tout cela a une certaine logique… Chacun la sienne… Celle ci est bien sociétale : les falaises du peuple opposées aux falaises des élites… Et l’enjeu est bien là, nul doute que le falaisiste que je suis trouvera toujours un spot isolé comme je les affectionne, mais la masse grimpante cantonnée dans des falaises industrielles, est-ce bien cela que nous souhaitons ?

 

L’équipement de l’avenir ?  © Le Dauphiné Libéré

 

 

Alternatives et perspectives, pour que vive l’escalade « libre »

Tentons d’abord la promotion d’une communication différente sur l’escalade : l’escalade tue ! Asseyons-nous sur les quelques licenciés de plus que représentent les amateurs d’activités sans risque, et expliquons aux pratiquants que les falaises ne seront jamais des gymnases ! N’en déplaise à ceux qui le souhaiteraient. L’acceptation du risque par les pratiquants en passe par là et donc la promotion d’une activité de plein air responsable et pérenne, avec des falaises qui ne seront pas des SAE.

Attardons-nous vraiment sur l’éducation des pratiquants acculturés en matière de bonnes pratiques et de culture des SNE : l’escalade n’est pas un sport comme les autres ! Articles, autocollants, affiches à destination des salles privées insistant sur la nécessaire implication de chacun, le nécessaire risque assumé, la nécessaire expertise, les respects des bonnes pratiques et le développement d’une activité plus participative, valeurs chères à Greenspits ; mais le relais est encore loin, le consumérisme a la dent dure, 300 adhésions à Greenspits contre 10000 téléchargements gratuits sur son site alors même que les topos mis en ligne font la promotion d’une adhésion soutien… Dans ce sillage « L’appel des ouvreurs » ou CADO tente aussi aujourd’hui de communiquer sur la nécessaire implication des pratiquants dans leur escalade, à travers le respect et l’achat des topos légitimes et plus largement dans la compréhension des enjeux liés aux SNE…

Nul doute que l’absence de volontés bénévoles est un problème majeur ; il est facile de se dissimuler derrière un phénomène sociétal observé à travers la désertification du mouvement associatif et le manque d’implication des citoyens dans le collectif. Mobilisons nous pour ne pas succomber aux affres de l’individualisme et aux sirènes de la consommation, engageons nous sur les falaises en participant avec les associations de gestion locales des falaises aux journées de rééquipement comme aux concertations avec les associations environnementalistes, il y a du taf à tous les étages.  Et semons la graine auprès des plus jeunes… Une observation : chez les équipeurs, beaucoup de jeunes de 40 et 50 ans… Qui va équiper les  nouvelles voies de demain et entretenir les falaises d’hier ?

Seule la FFME semble aujourd’hui sous-estimer ces aspects éducatifs alors même que ses clubs drainent la plupart du temps les grimpeurs les moins cultivés en matière de SNE car issus pour une bonne partie du territoire de pratiques en SAE. Il me paraît totalement incroyable que l’éducation des jeunes pratiquants (de 6 à 77 ans car aujourd’hui on vient à l’escalade à tous les âges) à la culture des SNE ne soit pas prioritaire dans le questionnement autour de la gestion des SNE, charge qu’entend pourtant assumer encore la FFME délégataire, rappelons-le. C’est peut-être juste que les SNE ne sont pas la priorité ? « Les falaises constituent le patrimoine de l’activité », faut-il entendre ici que les sites naturels appartiennent au passé et que l’avenir est olympique ? Mauvais esprit direz-vous. Pour mémoire un rassemblement récent en falaise organisé par la FFME à destination des plus jeunes des forts compétiteurs venus de la France entière dans un célèbre spot du sud, où les dégaines sont en place, où l’on choisit avec beaucoup de précision des itinéraires pas trop impressionnants, où l’on prend à peine le temps d’apprendre la manœuvre du maillon rapide, où les voies sont coachées par des experts, et où la performance est le cœur de l’événement.

Enfin militons pour un aménagement/équipement/rééquipement pas trop aseptisé des falaises : l’escalade n’est pas la natation ! La norme est une insulte à l’intelligence des pratiquants. Trop de points, trop d’échelles, trop de câbles, trop de chemins, trop de parkings, trop de panneaux, trop de monde… La nature doit être manifeste, pour que l’idée même du risque assumé soit évident ! Charge à chacun aujourd’hui de penser/repenser les falaises à la lumière des problématiques qui se posent en terme de responsabilité et de fréquentation. Trop de sécurité tue la sécurité. La responsabilité assumée des propriétaires passe par le risque assumé des pratiquants. N’en déplaise aux marchands du temple et autres promoteurs de diplômes d’équipeurs… Pour que l’escalade même officielle reste libre ! Le beurre et l’argent du beurre…

 

“Le Beurre, l’argent du beurre et les fesses de la crémière”, grande voie de Presles équipée par V.Meirieu qui semble affectionner le proverbe…

 

À bientôt pour la suite !

LA GUERRE DES SITES : Le retour de la farce … 

Les paradoxes de notre société sont au coeur des enjeux d’une escalade en falaise pérenne ou visée à disparaître. La grimpe éco-responsable est à la mode, concept que chacun s’approprie pour faire changer les choses, ou pour se donner bonne conscience. Et pourtant les salles de grimpe & fitness fleurissent, les réseaux sociaux prônent le culte de la performance, les J.O arrivent à grands pas, une une normalisation de l’escalade en falaise comme “prolongement de l’escalade en salle” s’installe, et remet en question l’essence même de notre activité. Rien n’est incompatible, mais à l’heure où les grimpeurs américains se battent pour conserver leurs “public lands”, où les ouvreurs français se regroupent pour défendre leur patrimoine,  la conjoncture actuelle semble mener plus que jamais à une marchandisation des activités de pleine nature, sans bénéfices pour ceux qui les développent au quotidien et qui s’investissent pour leur pérennité.

Pour ce deuxième épisode de la guerre des sites, un an après, nous tenterons de faire une mise à jour sur la situation des sites naturels d’escalade, et tordre le cou à certaines idées reçues. Merci à Cathy Bass pour ce travail, et merci à vous de le lire, d’en parler, de le partager. Les solutions naîtront d’une prise de conscience et d’une réflexion commune. (lire le premier épisode ici)

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OISEAUX, GRIMPEURS, ÉQUIPEURS, QUELLE COHABITATION ?

Cet article que nous propose Julien Grossi en débriefing d’une conférence de Pierre Giffon  au sujet des oiseaux des falaises est un appel à la tolérance et à l’ouverture d’esprit.

En aucun cas un parti pris, il nous permet juste de prendre conscience du milieu dans lequel nous évoluons et de changer notre regard  sur la problématique de la protection des oiseaux.

Des solutions existent pour que l’on puisse grimper longtemps. Plutôt que bougonner dans notre coin, montrons l’exemple, et en tant que grimpeurs responsables regroupons nous pour faire entendre notre voix !  “L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ” (merci Nelson !)

Sur ce amis grimpeurs, je vous souhaite une bonne lecture.

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Les Sites Naturels d’Escalade : entre rêve et réalité…

La communauté des grimpeurs s’ébranle et s’émeut devant la dernière performance de Margo Hayes à Siurana : La Rambla, 9a+ et voie mythique de l’histoire de l’escalade… Les dernières news outdoor rencontrent un vif succès, du Dawn Wall à Oliana les images de caillou inondent la toile, et le grimpeur falaisiste semble tendance, immuable. Pourtant, ce patrimoine de voies historiques qui permettent aujourd’hui aux meilleurs athlètes de s’exprimer et de nous faire rêver est en réel péril. Sans parler des ouvertures récentes et futuristes… Les générations de grimpeurs à venir pourront-il s’essayer à La Rambla ou Biographie ? Adam Ondra aura t’il suffisamment de nouveaux projets extrêmes pour continuer à progresser ? Tout simplement, pourra-t’on encore grimper le weekend sur la falaise d’à côté de chez nous après notre semaine de boulot éprouvante ?

La communauté des grimpeurs dans son ensemble est touchée par un futur incertain concernant l’accès aux sites naturels, leur entretien et leur développement.

English introduction only ! Full traduction of our website coming soon…

The climbing community is buzzing with excitement at the news of Margo Hayes’ groundbreaking performance in Siurana: the famous “La Rambla” 9a +… 
Recent outdoor news is littered with success stories from Dawn Wall to Oliana, images of rock flood the canvas and the growing trend of the sport climber seems to be unshakeable. Yet this heritage of historic routes, that allow the best athletes to express themselves on the rock and inspire us all, is threatened… Not to mention the more recent and futuristic projects… Will the next generations of climbers be able to try La Rambla or Biography? Will Adam Ondra have enough extreme projects to keep moving forward? Simply put, can we continue climbing at the weekend at our local crags after a hard week’s work?

The climbing community, as a whole, faces an uncertain future regarding the access, maintenance and development of natural climbing areas.

 

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